Introduction : l’atelier d’écriture créative

Dans les prochains posts, vous pourrez lire les productions littéraires des étudiant·e·s de l’atelier d’écriture créative du programme d’automne 2023. Mené par Alexis Weinberg, cet atelier s’est déroulé sur 6 semaines et a été un moment d’échange créatif et fructueux ! Le travail des étudiant·e·s est introduit ici par leur enseignant.

Déjà la troisième édition de l’atelier d’écriture créative du VWPP !
Bravo à Braeden, Claire, Lindsey, Reid et Tremaine pour leur travail !
Voici dix textes – deux par participant.e – extraits de nos six séances d’atelier, retenus pour cette publication.
Ces textes sont publiés tels qu’ils ont été rédigés puis lus à haute voix pendant l’atelier. Seule la correction grammaticale a pu être retravaillée après coup. Subsistent ici et là quelques petites maladresses linguistiques qui ne portent pas atteinte à la compréhension : elles sont la marque d’un effort authentique et personnel d’expression en français.
Ajoutons que ce semestre, la sortie à la Maison de la poésie fut l’occasion d’écouter Marielle
Macé dire des extraits de son bel essai Respire, accompagnée par le musicien Mahut.
Un grand merci au consortium VWPP de me renouveler sa confiance, avec mes plus
chaleureuses salutations à Anne Brancky, Hannah Gersten, Sophie Kolesnikov et Divine
Bakumusu.

Alexis Weinberg

Atelier d’écriture créative 4 – Textes choisis

Décrire précisément un lieu de son enfance.

  • Par Abigail Paull

Le jardin ensoleillé apparaît plutôt comme une petite prairie naturelle cachée dans la forêt, verte même en plein hiver à cause de tous les conifères. Les crocus sortent du sol gelé, entre les pierres qui forment le chemin. À côté dans le sous-bois se cachent les petits perce-neige. Le premier signe du printemps. La silence est tranquille et fatigué, l’air pur et frais chatouille le visage au moindre vent, et les feuilles sèches qui ne sont jamais tombées des branches froufroutent et chuchotent en réponse. On n’aperçoit pas dans cette saison le potentiel de cet espace. Pendant l’hiver, on ne se souvient jamais de la magnificence du printemps et de la beauté de l’été. C’est toujours une surprise joyeuse. Et Gammy, ma grand-mère, est toujours là pour me la montrer. Elle, qui sort de sa maison de bois avec les fenêtres blanches. Elle me laisse donner à manger à ses poissons rouges bien qu’ils soient en pleine hibernation. Nous nous promenons dans la petite forêt vers son étang d’un mètre de longueur, qu’elle a creusé elle-même quand elle était jeune. Nous passons les baies rouges qu’il ne faut pas manger, et les aiguilles du pin sont douces sous les pieds. Une petite cascade dégouline d’un bassin à l’autre – une fontaine déguisée en source. Je regarde des petites feuilles de nourriture partir de ma main et papillonner vers l’eau du bassin. Les poissons rouges ne sont que des petites taches orange tout au fond de l’étang.

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Un dialogue entre inconnu.e.s saisi à l’improviste

  • Par Angelina Papa

Le ciel ressemble à l’hiver et sonne comme le printemps. Deux hommes assis à l’arrêt Porte d’Orléans, attendant le bus 38. Ils sont gris, les deux. Ils ont les yeux gris et la barbe grise. Le trottoir brille plus qu’eux. La poussière s’est accumulée et est restée dans les chemins et les rides de leur peau. Ils étaient là depuis longtemps.
Le premier homme se tourne vers l’autre et demande : « Quand avons-nous grandi ? »
« Je ne comprends pas » dit l’autre.
« Un jour, quand j’ai mis mes chaussettes, elles n’étaient pas des chaussettes de garçon mais des chaussettes d’homme. Quand j’ai mangé, c’était un déjeuner d’homme. Et je n’avais pas de mère j’avais une femme ! »
Le deuxième homme est assis tranquillement. Il est resté longtemps silencieux. Il ajuste son chapeau qui était tombé sur ses oreilles. Il serre sa ceinture et pousse les manches de sa chemise pour qu’elles reposent sur ses poignets et non sur ses mains.
« Je ne sais pas. Mais, regarde-moi. J’ai le chapeau d’un homme mais il est trop grand pour ma tête. Mon pantalon est trop lâche sur mon corps, et maintenant je suis en route de retour à la maison de ma mère. »
Dans la distance, le bus a émergé sur l’horizon. Lentement de plus en plus comme il se déplaçait sur l’avenue.
« Mais, tu es courageux si tu te dis un homme. »

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On fera silence dans la classe pendant quelques minutes, puis on couchera sur le papier tous les mots, phrases ou expressions qui viendront spontanément.

  • Par Cece Hawley

Quand il n’y a rien, je suis attentive.
Chaque mouvement,
Chaque craquement,
Mes yeux regardent pour stimuler mon esprit.

Je peux m’entendre avec chaque geste.
Je tourne ma tête, un crépitement,
Bah, je me fais vieille !

Une préférence pour le silence de la nature,
Parce qu’il n’y a jamais de vrai silence.

Dans une salle de classe, dedans, le silence faux aussi, mais
Le vent des ordinateurs et le craquement du parquet créé par l’homme.

Quand on espère qu’il ne se passe rien dans le silence,
Mais soudainement, votre estomac décide de digérer en ce moment,
C’est la vie. C’est un cliché, mais c’est vrai aussi.
Et ça continue toujours.

Atelier d’écriture créative 3 – Trajet ordinaire

Raconter un trajet ordinaire que vous connaissez bien. Pour aller au lycée, à l’université, chez un ami, un parent, etc. Soyez le plus précis possible, à chaque étape de ce trajet.

  • Par Naya Jorgensen

Bien sûr que je me souviens du trajet. Je l’ai fait presque chaque jour. De mon appartement à celui de Leena, il ne me fallait que cinq minutes, peut-être encore moins – j’ai toujours été en retard. Apparemment on passe un tiers de la vie à attendre, a-t-elle dit une fois. Mais à cause de toi, pour moi, c’est la moitié !
Je descends du quatrième étage, puis je tourne à droite. Non – cinquième étage, j’habitais au cinquième. Je sais parce que je me souviens de mon adresse, #05-01, 80 Grange Road, comment pourrais-je oublier une telle chose ? Ça ne fait pas aussi longtemps que ça. Trois ans, ce n’est pas trop longtemps.
Alors je descends du cinquième étage et je tourne à droite. Déjà l’humidité lèche la raie de mes cheveux, laissant une rayure de sueur. Je n’aurais jamais cru que ça me manquerait ; j’avais l’impression de sentir physiquement la terre se réchauffer. J’ai toujours froid, d’ailleurs, sauf en été quand l’air sec du reste du monde me donne soif.
Je m’en écarte. Je marche tout droit vers la copropriété de Leena. C’est bizarre, on se connaît depuis le collège, quand on était toutes les deux en cours d’anglais avec – qui ? Ms. McDowell ou Mr. Smith ou les deux, c’était bien le seventh grade ? – je sais, je sais que je sais, c’est ma meilleure amie et mon enfance, après tout, et ce n’était qu’il y a quelques années. Les choses comme ça ne s’efface pas. Oui, on se connaît depuis longtemps, mais on devient amies quand je déménage à Grange Road. Mon appartement est petit et le sol est en faux marbre. Faux marbre rouge, je crois, c’est difficile à m’imaginer. C’était moche et je croyais que j’y serais malheureuse.
En route je passe devant la copropriété entre la mienne et celle de Leena : là où habite Kavin, qui nous présente l’une à l’autre dans le bus du matin. Au début on échange ; aujourd’hui ils s’asseyent ensemble, moi derrière, un jour c’est moi et Kavin, un jour c’est moi et Leena. Bientôt c’est toujours moi et Leena. Chaque matin, pas encore sept heures, et je ne sais plus quel était le numéro du bus. À l’époque j’aurais tué pour ne pas avoir à me réveiller à six heures. Maintenant je me rappelle qu’on était si fatiguées, Leena et moi, qu’elle dormait sur mon épaule lorsqu’on s’approchait de l’école et le soleil se réveillait, et j’ai appuyé ma tête sur la sienne. C’est vrai, à l’époque je me croyais malheureuse en effet, ça je m’en souviens. Mais je ne suis plus sûre pourquoi.
C’est si rapide, j’arrive devant la collection d’immeubles bleus et blancs et gris, tout en verre et brillants. Je me souviens qu’une fois il y avait un serpent dans la piscine. Je me souviens qu’on se disait toujours au revoir chez elle, je l’ai raccompagnée à chaque fois même si chez elle était plus loin des grands boulevards. En fait on se disait jamais au revoir ; on se disait à demain. Je me souviens d’être devant son bâtiment la nuit avant mon départ de Singapour, dans ses bras. Auparavant j’avais tellement voulu quitter cette période de ma vie et elle le savait, elle a dit Tu seras enfin indépendante et j’ai dit Je ne veux pas être seule. Mais je ne souviens pas de ce qu’on a dit après, et je ne me souviens pas de la rentrée, ce dernier trajet simple entre elle et moi.


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  • Par Kellan Walker

Je ferme la porte avec précaution pour qu’elle ne grince pas. Je ne veux pas réveiller mes parents et ma sœur. Le bruit de la clé dans le verrou est bruyant, mais je m’échappe sans problème. Dehors, le ciel est d’un violet foncé. Le monde est tranquille, même les oiseaux ne chantent pas. Il fait juste un peu froid, et je vois que j’expire de la vapeur. En marchant à ma voiture, je fouille dans mes poches pour vérifier que je n’ai rien oublié. J’ouvre mon coffre et mets ma boîte à lunch à côté de mes cannes à pêche et provisions. Encore une fois j’essaie d’être extrêmement silencieux en entrant dans la voiture. C’est vraiment stressant de se faufiler comme ça ! Je pousse un soupir de soulagement et appelle Alex. Je dois toujours vérifier qu’il ne dort pas. Nous confirmons l’endroit de la réunion et puis nous raccrochons. J’allume la musique et commence le trajet. Je fredonne la chanson de Tyler Childers et pianote sur le volant. Il n’y a personne dans la rue. Les phares illuminent le chemin sombre, et j’aperçois la lune. Après deux ou trois chansons j’arrête la radio. Je veux me concentrer parce que je dois conduire plus lentement. Je passe devant les vieilles maisons délabrées. Le village est petit, mais beau à sa façon. Quand ma voiture atteint la colline, je peux voir une vue incroyable. La Susquehanna puissante coule au sud, et Harrisburg se trouve à travers elle. Le fleuve fait plus d’un kilomètre de large, avec des douzaines d’îles parsemées. Je tourne à droite, dans le parking de gravier. Je suis seul jusqu’à ce qu’Alex arrive. Nous nous disons bonjour et nous nous préparons pour la journée. Nous prenons les cannes à pêche et les boîtes à lunch, et puis nous nous installons où le ruisseau, le Conodoguinet, se jette dans la Susquehanna.

Atelier d’écriture créative 2 – Un moment historique

Récit personnel d’un événement historique : le covid

  • Par Cece Hawley

J’avais entendu les rumeurs d’une maladie qui a commencé en Chine, mais pendant le déjeuner, c’était une pensée passagère. Les amis que j’avais connus depuis que j’avais 5 ans se sont disputés à cause d’un désaccord dans ma classe. Ils ont crié les uns les autres à travers la salle à manger et à la fin de la journée, tous sont partis énervés et prêts pour les vacances. C’était le dernier jour que nous étions tous ensemble. Ensuite, toutes les choses qui avaient été planifiées ont été annulées, mais pas de souci parce qu’il y avait encore deux semaines de vacances. Fantastique ! Dans ma famille, il y avait un sentiment d’incertitude. Ma mère était la plus nerveuse et elle a entendu qu’il y avait une pénurie de papier toilette. En portant nos masques faits à la main, mon père et moi avons cherché le papier toilette dans quatre marchés différents. C’était comme si les jours se mélangeaient, mais chaque jour j’ai voulu faire quelque chose et j’ai eu besoin d’être dehors. Donc, chaque jour j’ai couru dans la rue, mais à la fin toujours j’étais rentrée chez moi.
Finalement, après quelques cours asynchrones, le lycée virtuel a commencé.
J’avais l’impression de ne rien apprendre chaque jour. Entre les cours virtuels, nous avons organisé les fêtes sur Zoom, comme toutes les autres choses sur l’ordinateur. C’était amusant, puis la date pour Le Prom est passée. C’était ma dernière chance d’y aller. Ensuite, les anniversaires de mes amis passent, le choix des facs, toutes les dernières chances d’être ensemble avant que la fac ne commence. Mais, à un moment sur Zoom il était annoncé que nous aurions une cérémonie de remise de diplôme en voitures ! C’était un rêve pour l’époque de Covid. En une heure, tout était fini. Le temps que j’ai passé avec mes amis, le lycée, les profs, tout. Ensuite, je commencerais une autre partie de ma vie, mais sans connaître le futur du monde.

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  • Par Naya Jorgensen

Au début il n’y a que les vielles tantes qui portent le masque. Quand nous les croisons dans la rue, Leena fait semblant de tousser fort et leur faire peur, je dis Tu peux pas faire ça ! mais je rigole à chaque fois. Notre metteur en scène pour la grande pièce du semestre est allé à Shanghai pour une conférence, et quand il rentre à Singapour il est obligé de faire une quarantaine. M. Schulz a probablement rattrapé le Wuhan ! C’est comme ça qu’on appelle le virus. Notre metteur en scène, c’est le Wuhan lui-même ! dit-on en riant. Tout le monde en fait des blagues, c’est une nouvelle si étrange qu’il ne nous arrive même pas à l’esprit d’avoir peur, au début, au début.
Jennifer, aussi, était allée à Shanghai, elle y avait passé les vacances d’hiver avec sa grand-mère. C’était silencieux dehors, nulle part je n’ai vu personne, elle me dit dans un texto, parce que ses parents lui interdisent de venir à l’école. Quelque chose me dit de ne pas lui répéter mes autres plaisanteries.
Il y a un nouveau logiciel qui s’appelle Zoom. C’est Zoom qui a créé ce virus, ils veulent devenir riches en nous forçant à tout faire en ligne ! Chaque jour dans la bibliothèque avant les cours, on dit, Eh bien, c’est notre dernier jour d’école, profitons-en ! Viens, Evelyn, fais-moi un câlin, je te reverrai peut-être jamais !
Notre professeur de maths nous dit qu’on peut se plaindre, mais un garçon en Chine, paralysé depuis sa naissance, serait mort de faim après que son père est mort de COVID – c’est comme ça qu’on l’appelle maintenant et ce n’est pas drôle – on n’aurait pas pu venir pour lui donner à manger. La mort règne là-bas et maintenant on sait qu’elle vient, vite, des ailes noires. Nous regardons tous la table, n’ayant rien à dire.
Un matin Regina apporte son caméra et nous dit, Montre-moi une tête super triste pour que j’en garde le souvenir. Il s’avère qu’on est, en fait, au dernier jour d’école. Le gouvernement singapourien nous met tous en quarantaine. On ne pourra pas recevoir nos diplômes, je plaisante. Ce n’est pas un succès, on est en train de faire semblant d’être sur le point de pleurer pour la photo de Regina.
Soudain dans ma chambre, il n’y a plus ce feu roulant d’esprit ; il faut que je crée du bruit. J’écoute de la musique douce toute la journée, j’appelle Leena sur FaceTime et on y reste même sans parler, juste pour entendre les sons de l’autre qui bouge. À un moment je lui demande, Ça va ? et pour la première fois je la vois fondre en larmes. Essayant de mettre en pause ma musique, je raccroche et je la laisse seule, je la rappelle mais c’est trop tard, elle s’est remise un peu et elle sourit. Tu m’as abandonnée ! dit-elle, et on ne peut qu’en rire.

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  • Par Abigail Paull

Je me souviens des “memes” du fin de monde “World War 3 et la nouvelle épidémie de Chine” qui sortaient les premières journées de l’année 2020. Je pensais que, comme toutes les autres mauvaises nouvelles de ma vie, ces mauvaises nouvelles ne m’affecteraient pas trop. Heureusement que la crainte de WWIII a rapidement baissé dans ces premières semaines, cependant le coronavirus a continué. Je me souviens de mon père qui parlait avec la famille de ma mère, disant que les experts pensaient que cela serait vraiment une catastrophe mondiale et qu’il fallait vraiment le prendre au sérieux. Alors ma famille était une des familles qui avaient peur très tôt du virus. Alors on a acheté nos provisions avant que les gens aient vidé les magasins de papier toilette. Février est arrivé et les cas en Italie commençaient à sortir. Il n’y avait toujours pas beaucoup de cas aux États Unis, quelques-uns à Seattle. Début mars, les cas de covid étaient dans mon état. Il y avait une école à Rhode Island qui avait une excursion en Italie. Les étudiants ont attrapé le covid et sont rentrés. Mon école jouait au hockey avec eux, dans la même équipe. Ils ont arrêté, bien sûr. Mais on évitait les pauvres gens dans l’équipe. Je ne pouvais pas tomber malade. Nous avions des plans pour les vacances d’été avec mes grands-parents, mais il paraissait que le covid était pire pour les personnes plus âgées ? On n’en savait pas beaucoup, mais ils nous ont dit que c’était vrai. Ils nous ont aussi dit de ne pas porter de masques car ça ne changerait rien et car il fallait les laisser aux docteurs. Mais si les docteurs en avaient besoin, n’était-ce pas utile ?
J’ai manqué une journée d’école le jeudi car on ne voulait pas attraper le covid avant d’aller dans l’avion. On pensait toujours qu’on allait voyager. Comme je n’étais pas là le jeudi, j’ai remarqué qu’il y avait une ambiance fortement changée. Mercredi tout le monde était normal, content, n’avait pas peur. Le covid était toujours loin, tout allait bien. Jeudi soir nous avons décidé de ne pas aller en vacances, alors je suis retournée à l’école. Le vendredi, l’atmosphère était étouffante et effrayée. Puis nous, les terminales, nous sommes partis en vacances de printemps, avec aucune idée que nous ne reviendrions jamais à notre lycée.

Atelier d’écriture créative 1 – À la manière de…

A la manière de… Marguerite Duras

  • Par Angelina Papa

Il est né dans la ville de sa mère. La ville est toujours restée la même. Les visages des gens changent, d’une génération à l’autre les yeux changent de couleur, les cheveux changent d’ombrage, mais leur esprit reste toujours le même.

Quand je me suis présentée à lui, j’avais 20 ans. Je n’ai réalisé que des années plus tard à quel point j’étais jeune. Sur les photos, mes cheveux étaient longs et foncés. Mon sourire avait tellement de jeunesse. Les photos ont une façon de ramener le passé au présent, mais elles donnent aussi l’impression que les souvenirs sont des rêves.

Quand je me suis présentée à lui, je portais un chapeau bleu. Il adorait cela, et il m’a dit qu’il l’aimait. Je pensais que c’était mieux dans ses mains que sur ma tête. Son ruban dansait dans ses doigts et il le jetait en l’air pour revenir en oiseau. Il disait toujours que le chapeau était comme un morceau de moi. Un morceau qu’il pouvait garder même après mon départ. Il n’a jamais su que j’avais acheté le chapeau le matin de notre rencontre. Il n’est pas resté sur ma tête assez longtemps pour que mes cheveux lui donnent même son odeur.

Des années après mon départ, il est resté dans ses mains. Quand il ne le tenait pas, il était accroché à son mur juste à côté de la fenêtre au-dessus de son lit.

Nous avions toujours pensé que c’était un endroit pour se reposer pour l’éternité. Pour lui ça l’était. Pour mon chapeau bleu aussi – l’éternité. Mais pour moi, c’était trop difficile de rester. J’étais trop jeune pour vivre dans l’éternité.

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Je me souviens… (inspiré de Georges Perec)

  • Par Kellan Walker

Je me souviens de la chaleur du bitume.
Je me souviens des murmures des feuilles.
Je me souviens des jours où on s’épuisait, en courant toute la journée sur le champ libre.
Je me souviens des jeux auxquels on jouait.
Je me souviens des éraflures sur mes genoux.
Je me souviens des fois quand on se combattait et luttait dans l’herbe jaune.
Je me souviens de notre école.
Je me souviens des peintures murales à l’intérieur.
Je me souviens des visages de tout le monde mais pas des noms de nos amis.

Productions de l’atelier d’écriture créative – printemps 2023

Cette semaine, nous publierons quelques textes écrits par les étudiant·e·s de l’atelier d’écriture créative de ce semestre de printemps 2023. Vous découvrirez leur plume et les différents sujets qui les ont inspirés. Ci-dessous, un mot d’introduction de leur professeur. Bonne lecture !

 

Voici la deuxième édition des textes sélectionnés par les participant·e·s à l’atelier d’écriture créative du Vassar-Wesleyan Program in Paris.

Deux textes ont été retenus par chaque participant.e, parmi les nombreuses productions auxquelles cet atelier a donné lieu. Ces textes ont d’abord été partagés en classe comme il se doit (de même que tous les autres qui n’ont pas été publiés). Ce sont des production personnelles des étudiant·e·s ; seule la correction grammaticale du français a pu être retravaillée après coup, au besoin.

Ce fut à nouveau une joie d’animer cet atelier, en accompagnant Abigail, Angelina, Cece, Kellan et Naya au long de ces six séances de deux heures. La sortie à la Maison de la poésie en compagnie de Hannah et Sophie, pour assister à une performance donnée par Nancy Murzilli, fut un moment d’échanges intellectuels stimulants.

Merci à tous·tes les cinq, et merci au VWPP, en particulier à Michael et Hannah, pour leur confiance renouvelée.

Alexis Weinberg