Voyage à Arcachon

Mon ami Théo, qui est actuellement en visite à Paris, nous a emmenés, mes deux autres amis et moi, dans sa maison d’enfance à Arcachon. Le premier soir, nous sommes allés ensemble faire les courses pour choisir les ingrédients du dîner. Le gérant du magasin nous a conseillé sur la meilleure façon de préparer une sauce tomate crémeuse (nous étions les seuls clients) et a discuté avec nous de son équipe de rugby préférée (trois d’entre nous jouent au rugby pour Vassar).

Ce soir-là, nous avons constaté qu’il n’y avait ni draps ni serviettes. Nous avons appelé Claire, la mère de Théo, très française, et son grand-père, encore plus français (qu’on appelle simplement Papi, je ne peux donc pas donner son vrai nom), qui nous ont envoyés à la recherche de la clé de la cave. Durant tous ces appels téléphoniques, je n’avais jamais entendu le mot « chéri » répété autant de fois ; il était utilisé avec une patience infinie pour décrire tous les recoins où la clé pouvait se cacher. Finalement, des heures plus tard, la clé fut retrouvée, et la grotte était complètement vide, à l’exception d’une souris morte. Le lendemain matin, nous avons traversé la ville à pied jusqu’à la plage, pour gravir la grande dune du Pilat. Théo nous a montré tous les bunkers de la Seconde Guerre mondiale sur la plage, et des parapentistes volaient tout près de nos têtes. J’ai dû rentrer à Paris ce jour-là car je ne voulais pas rater le dîner chez mes parents d’accueil. J’ai donc pris le train au lieu de faire le trajet en voiture avec eux quelques jours plus tard. Mes parents d’accueil ont tout de suite remarqué que seule la moitié de mon visage était brûlée par le soleil (j’avais fait une sieste sur un tronc d’arbre sur la plage, comme un ours, sans crème solaire). Je me suis tellement amusée dans les dunes et à Arcachon, et comme toujours, j’ai partagé un merveilleux dîner avec ma famille française pour clore cette journée parfaite.

Par Gabriella MANIATIS, VWPP Printemps 2026

Une journée parfaite ?

Le 12 mai 2026, j’ai réalisé ma journée de rêve à Paris. Comme je devais quitter Paris plus tard dans la semaine, je voulais profiter de l’une de mes dernières journées libres pour faire toutes mes activités préférées à Paris. Pour commencer, je me suis réveillée et j’ai pris un croissant aux amandes, ma pâtisserie parisienne préférée. Ensuite, j’ai pris la ligne 1 du métro de Bastille à Châtelet, où j’ai pris la ligne 4. J’ai ensuite pris la ligne 4 jusqu’à Montparnasse-Bienvenüe, où j’ai pris la ligne 12, à Convention. J’adore prendre le métro, alors ce n’était pas un problème pour moi. Je me suis ensuite rendu à Hitonigiri, mon restaurant d’onigiri préféré à Paris, et j’ai pris quelque chose à manger. J’ai ensuite pris le T3a, un tramway vraiment cool, pour aller prendre le RER C à Pont du Garigliano. J’ai pris le RER C pour aller à Versailles, et j’ai marché vers les jardins. Je trouve le château magnifique, mais je préfère les jardins, parce qu’il n’y a pas beaucoup de monde et que c’est vraiment relaxant. J’ai marché dans les jardins pendant 5 heures, en incluant une visite au Grand Trianon. Mon téléphone m’a indiqué que j’avais marché 20 000 pas dans les jardins. Après 5 heures dans les jardins, j’ai marché jusqu’à la station de tramway Allée Royale, où j’ai pris le T13, que j’ai pris à St-Nom, où j’ai pris la ligne L. J’ai pris la ligne L jusqu’à La Défense, où j’ai pris le RER A jusqu’à la Gare de Lyon. Juste pour le plaisir, j’ai pris la ligne 1 pour retourner à Bastille, et j’ai fait une petite sieste chez moi. Dans la soirée, j’ai fêté l’anniversaire d’un ami au Vivo, un restaurant italien, puis je suis rentré chez moi ! Au total, j’ai marché 26 763 étapes, j’ai pris 10 trains différents, je suis allé dans mon parc préféré et j’ai mangé mes plats préférés ! C’était une journée fantastique.

Par Coleman HUNTER, VWPP Printemps 2026

Le podcast du VWPP – Nouvelle édition !

Ce printemps, un nouveau podcast a vu le jour ! Sous la direction de Laetitia Germain-Thomas, animatrice de l’atelier, Zion, Ava, Katherine, Coleman, Maggie et Margo ont arpenté leurs arrondissements parisiens et partagé leurs perspectives avec le micro. Cinq épisodes sont nés de ces promenades : à votre tour de découvrir leur création, “Géographie Sentimentale”.

Et pour celles et ceux qui ont adoré “Connexion”, “Les Bavards” et “Loin de Chez Soi” les précédentes saisons du podcast VWPP, retrouvez les sur le même lien Spotify ! Bonne écoute !

Les parcs de Paris

J’ai grandi dans une ville tout ma vie, donc la vie quotidienne dans une cadre urbaine comme Paris n’était pas un grand changement pour moi. Mais une grande surprise positive quand je suis arrivée à Paris était le nombre des espaces verts. Je passe plus de plus de temps dans les jardins variés avec mes amis parce qu’il commence à faire très beau, et c’est aussi un bien lieu pour chiller avec mes amis parce-que nous habitons avec les familles d’accueil. Alors, je présente mes réflexions sur mes jardins favoris à Paris !

1 – Jardin du Luxembourg

Le jardin du Luxembourg est le jardin le plus proche de Reid Hall, donc c’est celui que je visite le plus. J’ai y mangé des déjeuners innombrables avec mes amis, mais j’ai lu et faire l’aquarelle à Luxembourg aussi. J’aime la variété des espaces pour être assis comme à côté de l’étang avec les petits bateaux. Les chaises du Sénat sont les symboles iconiques de Paris, et très confortable. Quand je veux reposer dans un endroit diffèrent que devant le palais de Luxembourg, j’aime vers le port Vavin parce que c’est entouré par les arbres, l’herbe, et les fleurs. La fontaine Médicis est un endroit ombragé et très jolie pour les jours très ensoleillés. Mes quelques pensées négatives sont juste que le jardin du Luxembourg peut devenir très poussiéreux à cause du vent, et il y a juste un endroit de l’herbe pour s’assoir et faire un pique-nique.

2 – Place des Vosges

La Place des Vosges est parfaite de visiter un jour très ensoleillé après passer du temps au Marais. Je suis passé quelques après-midis en s’allongeant sur l’herbe près des fontaines, un pro pour moi parce que je préfère les jardins où s’est autorisé de s’assoir sur l’herbe.  L’architecture des appartements tout autour sont très unique, et c’est un lieu pour beaucoup des amis de chiller ensemble. Je recommande aussi l’entrée un peu moins connu par l’hôtel Sully.

3 – Jardin des Tuileries

Le jardin des tuileries est juste à côté du Louvre, donc c’est un lieu iconique de Paris. J’aime le sens classique et Parisienne de ce jardin, et il y a aussi une variété des endroits de chiller et les étangs. Je suis allée souvent au jardin des tuileries après en étudiant et en faisant mes devoirs au BNF Richelieu.  Ma seul expérience négative est que je suis y visité un jour venteux et avec une mauvaise qualité de l’air, et j’ai observé la poussière beaucoup. Alors, ce n’est pas mon jardin préféré honnêtement, mais toujours agréable.

4 – Parc Monceau

Parc Monceau est mon jardin préféré pour une pique-nique, et c’est très occupé pendant les pauses déjeuners de la semaine. Il y a plein de l’herbe pour s’allonger et manger, et l’ambiance est top. J’aime aussi l’étang avec les colonnes et le manège qui créent une ambiance onirique dans mon avis 🙂 

5 – Parc de Buttes Chaumont

Parc de Buttes Chaumont n’est pas très connu comme les autres jardins à Paris, mais c’est aussi un endroit incroyable et plein des Parisiens. Il y a un lac très tranquille, et une colline avec au centre. Ce semble le plus comme le paysage de la montagne avec les roches et les cascades. J’ai y fait une pique-nique avec mes amis, mais c’est un peu loin de chez moi parce que c’est situé au 19e arrondissement, donc je n’y visite pas très souvent.

Par Amara DANCHIN, VWPP Printemps 2026

Coup de coeur voyage

Imaginez que vous ne puissiez visiter qu’un seul endroit en France avant de mourir. Alors que vous êtes submergé par les innombrables possibilités et que vous craignez de devoir choisir entre Nice, Annecy et n’importe quel petit village charmant du sud de la France, laissez-moi vous convaincre qu’Étretat est le choix incontestable. 

Petit village de pêcheurs situé sur la côte balayée par les vents de Normandie, source d’inspiration pour d’innombrables œuvres d’artistes de renommée mondiale comme Claude Monet et Henri Matisse, Étretat est la destination idéale pour tous ceux qui sont passionnés par les formations géologiques spectaculaires, le camembert crémeux et qui souhaitent découvrir les merveilles et les secrets de la nature.  

Après une séance de peinture matinale à l’Académie de la Grande Chaumière, j’ai retrouvé une amie proche qui étudie à Sciences Po ; nous avons pris nos sacs à dos et nous sommes parties. Deux bus, un peu trop de Carambars et trois heures plus tard, nous sommes arrivées à une petite gare routière à la périphérie de la ville. Nous avons flâné dans les rues calmes pour trouver notre Airbnb, située à quelques minutes de tout ce dont nous avions besoin : des restaurants, un glacier, plusieurs fromageries et la plage de galets. Nous nous sommes installés pour la soirée après un délicieux dîner dans une crêperie locale.

Le lendemain matin, après avoir stocké le nécessaire – camembert, baguette, clémentines et cacahuètes –, nous sommes partis à l’aventure. Pendant environ sept heures, nous avons marché le long de la côte normande. À part une brève pluie, le climat était superbe. Je dois dire que le vent soufflait assez fort parfois, mais cela fait partie du charme de la Normandie. 

Tout au long de notre randonnée, nous nous sommes arrêtés plusieurs fois pour nous allonger dans l’herbe et admirer le paysage. Nous étions, pour le moins, stupéfaits à presque chaque point de vue. Les formations géologiques étaient absolument magnifiques. Nous nous sentions complètement minuscules face à ces structures grandioses. Vers la fin de notre randonnée, nous avons découvert deux tunnels secrets, le premier menant à une plage cachée, et le second à l’intérieur de la formation rocheuse. 

À ce moment-là, nous avons dû retourner en ville pour prendre notre bus de retour. Nous étions tout simplement dévastés à l’idée de partir. Étretat était un endroit magique. Si vous en avez l’occasion, je vous recommande fortement de vous y rendre pour découvrir sa splendeur et ses secrets.  

Par Elsa CUTLER, VWPP Printemps 2026

Mes friperies préférées à Paris

Quand je suis arrivée à Paris pour mes études, une des premières choses que j’ai adorées était les friperies. À mon avis, les friperies à Paris sont très différentes de celles aux États-Unis. On peut trouver des vêtements uniques, des pièces vintage, et parfois même des vêtements de grandes marques pour des prix raisonnables. J’aime aussi l’idée d’acheter des vêtements de seconde main parce que c’est plus écologique et plus original que la fast fashion.

Une de mes friperies préférées est Kilo Shop. Ce magasin est très connu parce que les vêtements sont vendus au kilo. Les prix dépendent du poids des articles et de la couleur de l’étiquette. J’aime ce concept parce qu’on peut passer beaucoup de temps à chercher des trésors cachés. La dernière fois, j’ai trouvé une veste en cuir noire et un foulard vintage pour un prix assez bas. L’ambiance du magasin est aussi très dynamique et jeune.

 J’aime aussi beaucoup FREE’P’STAR, surtout celui près du Marais. Cette friperie est parfaite pour les étudiants parce que certains vêtements coûtent seulement quelques euros. Il faut être patient parce qu’il y a beaucoup de monde et beaucoup de vêtements à regarder, mais parfois on trouve des pièces incroyables. J’y ai acheté un manteau long pour l’hiver et plusieurs pulls vintage.

Enfin, Guerrisol est une autre adresse très populaire. Les magasins sont un peu désorganisés, mais c’est aussi ce qui rend l’expérience amusante. Les prix sont très bas et on peut trouver des vêtements des années 1990 ou 2000 qui sont très à la mode aujourd’hui.

Pour moi, faire du shopping dans les friperies à Paris est plus qu’une activité pour acheter des vêtements. C’est aussi une façon de découvrir différents quartiers de la ville, de développer son style personnel et de vivre une expérience typiquement parisienne.

Par Noelle CRANDELL, VWPP Printemps 2026

Un lieu pour soi

Partir étudier à Paris, c’était comme entrer dans la peau d’une autre version de moi-même,
une version plus lente, où le temps s’écoulait au rythme des conversations de café plutôt qu’à
l’heure des échéances. De tous les endroits que j’ai découverts pendant mon semestre, aucun n’a mieux retranscrit cette sensation que le restaurant Polidor. Caché dans une ruelle du Quartier
latin, à deux pas de Reid Hall en traversant le jardin du Luxembourg, le restaurant semblait hors
du temps, avec ses tables usées, sa lumière jaune chaleureuse et ses étagères garnies de vieux
flacons et de livres. La première fois que j’y suis entrée, épuisée par les cours et intimidée par
mon français encore approximatif, je m’attendais à un simple repas. Au lieu de cela, j’ai trouvé un
lieu réconfortant et profondément vivant, comme si des générations d’étudiants, d’écrivains et de
rêveurs y avaient laissé une trace.
J’ai commencé à y retourner souvent, parfois seule avec un carnet, parfois avec des amis
après de longues journées à flâner dans la ville. La cuisine était simple et traditionnelle – une
riche soupe à l’oignon, du pain beurré, un copieux bœuf bourguignon – mais c’était l’atmosphère
qui m’attirait irrésistiblement. Assise là, à écouter le cliquetis des plats et les conversations
feutrées, je me sentais connectée à l’histoire artistique de Paris d’une manière que les musées ne
parviennent jamais vraiment à recréer. Ce sentiment a pris une dimension encore plus profonde
lorsque j’ai appris que Polidor apparaissait dans Minuit à Paris, un de mes films préférés avant
mon séjour d’études à l’étranger. Savoir que le restaurant avait fait partie d’une histoire de
nostalgie, de créativité et d’idéalisation de Paris a donné à mes propres souvenirs là-bas une
dimension cinématographique. Aujourd’hui encore, quand je repense à mon semestre à l’étranger,
ce ne sont pas les monuments ou les attractions touristiques qui me viennent immédiatement à
l’esprit – je me souviens de Polidor et de ce sentiment, pendant un court instant, d’avoir vraiment
trouvé ma place à Paris.

Par Liam COTTER DEFEHR, VWPP Printemps 2026

Écriture créative – Textes de Caecilia JANSSENS

Une langue miellée et un cœur de prune 

(les fruits de printemps) 

Le bruit d’une clémentine

(Clémentine)

 

Récemment, j’ai beaucoup écouté Lucio Dalla. La main posée sur la poitrine, la tête inclinée vers le ciel, il avoue à son amante que la pluie, comme les pleurs, lui rappelle son visage. Il n’est pas gêné. Je pense à ce que cela veut dire, chanter, parler avec la poitrine ouverte. 

 

Parce que ces derniers temps, je serre ma poitrine. 

 

Dans le métro, un vieil homme fait tomber un sac de clémentines. Elles tombent avec un bruit sourd et se dispersent — doucement, inévitablement, jusqu’à mes pieds. Je l’aide à les ramasser, une à une. Et je ne dis rien. 

 

Dalla chante encore, et je me dis que les Italiens sont romantiques, dramatiques. Ils parlent comme si la langue jaillissait de leur poitrine, comme si le monde lui-même jaillissait de leur poitrine. Dante a inventé le mot ingigliare pour décrire Béatrice, et la manière dont elle s’ouvre comme un lys. 

Je me demande ce que cela ferait de laisser les mots jaillir de ma poitrine. De laisser le monde jaillir de ma poitrine. De laisser quelque chose d’aussi vaste que le lys, ou la pluie, ou l’amour, éclore dans l’espace entre mes côtes.

L’anglais est trop maladroit. Une mosaïque bancale faite de tous ceux qui l’ont traversé. Je sens les aspérités sur ma langue quand je parle. Il y a des espaces entre mes dents. Je ne dis rien pour que l’homme aux clémentines ne le remarque pas.

Les Français parlent comme s’ils connaissaient la forme de chaque mot avant même qu’il ne sorte. Ils avancent avec calme, avec aisance. Le français passe par une bouche sans interstices, par des canines acérées qui maintiennent la phrase en place. Il est précis. Impitoyable envers l’excès. Quand je parle, la cadence lourde de ma langue mosaïque s’échappe à travers les espaces de mes dents.

En France, je suis ancrée par le poids de ma langue anglaise. Je tourne autour d’elle en essayant de m’en détacher. Les canines françaises me percent les poumons, les Italiens rient de moi avec la poitrine ouverte, et moi je suis encore dans le métro à essayer de comprendre le bruit des clémentines quand elles tombent du sac.

Et il semble que tout ce que j’écris se rassemble en spirale, tournant autour du même point encore et encore. Mon écriture se recourbe vers l’intérieur comme une file de fourmis ivres du sucre d’un fruit éclaté sur le béton. J’essaie de saisir la douleur sourde des clémentines écrasées. J’essaie de nommer la douleur sourde dans ma poitrine. Mais mes dents ne sont pas assez tranchantes pour déchirer la spirale.

Merci, mademoiselle.

De rien.

Les mots sont simples. Je les prends dans ma bouche avec précaution et j’en sens les contours du bout de la langue. Ils s’adoucissent, ils se dissolvent. Et j’enduis ma langue du miel de cette nasalité française, et je regarde cela s’écouler à travers les espaces de mes dents en une spirale sur le sol.

Dehors, les oiseaux se déploient dans le ciel comme l’ouverture d’un lys. Et je n’ai pas les mots pour cela, mais je le sens dans ma poitrine.

La tapisserie 

(Pêche)

La Seine, ce soir, est calme et pleine de couleurs, comme une tapisserie qui tremble au moment où elle se tisse, vibrant d’orange, de rose et de vert. Le soleil reste à sa surface — brillant doucement, brûlant doucement, mourant doucement. L’eau ressemble à du beurre laissé à ramollir dans la cuisine. Le monde tourne lentement comme un kaléidoscope.

Elles sont assises côte à côte au bord du fleuve, les jambes pendantes. L’une porte des chaussettes vertes, l’autre des roses. Le vent frappe fraîchement leurs chevilles, mais l’eau est si épaisse qu’on aurait dit qu’on pouvait la tenir, et au-dessus d’elles, le ciel garde sa douceur comme un murmure.

Quand elles se lèvent, elles se retrouvent dans une rue étroite sans vraiment le décider, encore attachées par la cheville à la rivière kaléidoscopique qui brûle doucement au loin. Chaussettes Vertes s’arrête. Ses pieds commencent à s’alourdir. Elle lève la main et montre :

Rue du Chat-qui-Pêche

« Comme c’est beau ! »

Puis elle la répète, plus lentement. Elle laisse les mots fondre sur sa langue, jusqu’à ce qu’ils deviennent doux comme du beurre et que sa bouche en soit pleine, presque débordante. Les mots picotent comme de la musique, comme une tapisserie en train de se faire.

Pêche. Le mot glisse, humide et brillant. Pêche ? Péché ? Non, ce n’est pas ça. Ou peut-être que si. Parfois, le français brille trop — un mot change de sens selon l’angle, il pèse dans son regard et elle ne sait pas quoi en faire.

Une rue du chat qui pêche.

Qui est ce chat qui pèche ? Elle imagine une forme noire glissant sur les pavés, se dissolvant dans l’orange, le rose et le vert. Un chat qui n’ouvre jamais la bouche, mais qui n’a pas peur de ses propres dents.

« Pêche ? » dit Chaussettes Roses en fronçant les sourcils. « Comme le fruit ? Un chat qui est une pêche ? »

Chaussettes Vertes imagine un chat noir avec de la chair de pêche collée à son pelage, léchant le jus qui coule le long de ses lèvres — une douceur devenue imprudente.

Qu’est-ce qu’une pêche ? L’été dernier, elle en avait mangé une trop vite ; debout au-dessus de l’évier, laissant le jus tomber avec un bruit sourd sur le chrome terne, puis s’est lavé les mains avant qu’elles ne deviennent trop collantes. En ce moment-ci, elle se demandait, brièvement, ce que ce serait de laisser couler. De laisser le jus descendre le long de ses poignets jusqu’à ses coudes, de laisser le collant s’étaler entre ses doigts.

Elles restent là, à regarder le panneau. Derrière elles, la Seine continue de scintiller. Sous certains angles, leurs yeux brûlent d’orange.

Et si elle ne savait jamais ce que cela voulait dire ? Si elle laissait le sens en suspens, intact, intouché ?

Elle imagine rester à l’intérieur de ce mystère. Il l’enveloppe, chaud et lent, comme du beurre, comme du jus de pêche. Depuis ses yeux, des vies se déploient comme un fleuve, tremblant d’orange, de vert et de rose. Dans l’une d’elles, elle se voit assise sur une vieille chaise en paille, devant ce panneau. Elle se voit ramper dans les lettres, s’emmêler dans la queue du chat, sa fourrure collée de chair de pêche.

Elle ne sait pas, mais cela ne la dérange pas.

La Seine reste épaisse. Le soleil brûle doucement jusqu’au silence. Et, lentement, elle sent en elle quelque chose grandir : la joie étrange et douloureuse de ne pas comprendre. La joie douloureuse d’être en vie.

Comme ci !

(Prune)

 

Ces derniers jours ont été chauds. Le printemps avance vite – les arbres soupirent et reviennent à la vie avec la rapidité tranchante d’un murmure. Mon sang est chaud. Je le sens pulser dans mon corps, monter jusqu’à la surface de ma peau. 

 

Le printemps va vite et je marche en ville avec ma caméra, en essayant de tout capturer. L’image s’oxyde et devient quelque chose de plus laid. Je serre les dents. L’autre après-midi, la brise s’enroule doucement autour de mes rideaux, et les cheminées, les unes après les autres, ressemblent à une mer de points d’exclamation, qui crient ; aime-moi ! aime-moi, je t’en prie ! Et à ce moment-là, j’avais envie de pleurer. Parce que je ne peux jamais garder les rideaux et les cheminées et tout le souffle derrière eux dans la paume de ma main pour toujours. 

 

Je ressens trop, je serre ma poitrine, et prête au deuil, je ferme la fenêtre et je m’endors. La nuit, mes rêves sont lents et visqueux. Je me réveille au milieu de la nuit, paralysée dans une gangue de miel – ralentie. Le matin, je fonds sur le balcon, mon cœur épais comme une prune pourrie. Je demande au soleil de me dissoudre en quelque chose d’assez aigu pour devenir un murmure. Avec un sifflement, il me dit que ma poitrine sucrée est trop lourde, que je me laisse trop facilement enivrer par la douceur salée de mon propre chagrin. 

 

C’est là que je me tourne vers l’écriture. L’écriture, l’activité solitaire qui veut rendre un langage lourd encore plus lourd, qui veut courber un w jusqu’au poids de ta tête sur mes genoux, qui veut transformer un point d’exclamation en la peine de ton odeur qui reste sur mon oreiller. Alors que, discrètement, sans être remarquée, je pourrais tout tenir un instant dans la paume de ma main. Écriture, écriture seule – laisser une traînée de fourmis sortir avec excitation de la pourriture veloutée entre mes côtes, former une spirale sur la page, et tourner sans cesse, avec dévotion, autour de ton nom encore et encore et encore. 

 

Mais ton nom est seulement un nom. Ce n’est pas la trace d’un w. Il déborde de la page. J’appuie plus fort, mais le mot s’amincit. Ce n’est pas assez. 

 

Ce doit être suffisant de vivre ta poésie ; 

parfois, l’extase ne peut pas se mettre en mots. 

Mais, au fond de la librairie, Rumi crie 

comme ci, comme ci 

et moi, avide et excessive, 

je veux épaissir l’air

et ajouter un point d’exclamation – 

comme ci !

Écriture créative – Textes de Margaret BAGLEY

Regardant dans le miroir

En nous livrant à l’introspection, nous en dévoilons plus que nous ne le souhaiterions.

La femme me regardait fixement depuis son divan rouge. Je la regardais avec la même intensité, inclinant la tête en arrière pour croiser son regard. À ses pieds, un chien. Dans ses mains, un éventail blanc en plumes. Sur mes épaules, une veste en cuir. Nous sommes toutes les deux des femmes, mais séparées par une mer de temps.

Derrière moi, un autre visiteur a fait tomber sa brochure, et le moment a été brisé par le battement du papier.

C’était la première fois que j’entrais dans un musée depuis un mois. 

Il y avait la solitude de l’hiver, et je pouvais me souvenir de la raison pour laquelle j’étais partie là pour arriver ici. Pour regarder les œuvres sur les murs et pour penser, je vous connais.

Devant les Dorés, deux garçons se pourchassaient. Les tableaux étaient énormes, pleins de détails. Je me tenais debout sur une scène des anges, d’aussi près que possible. Je pouvais voir les coups de pinceau individuels. Un vrai humain les a faits. 

Je suis retournée au portrait de la femme depuis le divan. Et je suis restée un peu plus longtemps avec elle.

 

En essayant de nous cacher derrière le voile de la fiction, une part de vérité finit quand même par transparaître. 

J’étais jeune quand j’ai vu la pièce pour la première fois, et je ne m’en souviens pas vraiment. 

C’était au cours du dernier mois de ma deuxième année de lycée que j’y suis retournée, cette fois-ci dans un livre relié en jaune. Le dos était rigide. J’ai dû le plier plusieurs fois avant qu’il s’ouvre à plat, docilement entre mes mains. Mes camarades et moi avons lu à tour de rôle les lignes à haute voix dans la salle de classe étouffante située derrière le théâtre. Les fenêtres étaient entrouvertes, dans l’espoir que la brise de mai entrerait. Parfois, nous sortions, nous nous allongions dans l’herbe, chacun de notre côté, pour échapper à l’air immobile. J’avais l’impression que mes os avaient oublié comment se positionner devant les autres. 

Le poème qui deviendra mon préféré cite cette pièce. Je le souligne.

Quatre ans plus tard, on me remit un autre exemplaire du même livre, aussi rigide et réticent que le premier. Mais les mots sont les mêmes, curieux et magnifiques, tout comme le jour où ils ont été écrits. Je connais trop bien cette pièce. Je la connais par les sentiments et les images, et non par les mots.

C’est une histoire qui parle de découverte. C’est une histoire qui parle de magie. De famille. Mais avant tout, c’est une histoire qui parle de liberté. C’est une histoire d’amour. C’est la fin d’une histoire d’horreur. C’est une tragédie, à la fois provoquée et résolue, quelque chose de perdu et de gagné.

J’ai joué de nombreux rôles de cette histoire, enfilant et retirant des costumes au fil des années. J’ai toujours rêvé de la liberté. Je la trouve au cœur de la tempête.

 

Un jour, un ami m’a appelée pour me demander comment j’écrivais. « Je n’écris pas comme toi », me dit-il. « Je n’aime pas ça autant que toi. » 

En anglais, je n’ai jamais besoin d’un dictionnaire. Les mots fondent sur ma langue et se renversent sur la page vide. Les mots et leurs synonymes, leurs connotations, font partie de ma mémoire musculaire, et je sais comment les manier.

Mes écrits en français sont plus directs, un coup droit au cœur. Les mots se tordent, ni étrangers ni familiers. Je me demande: Est-ce que j’ai toujours ma propre voix ? Oui, je crois que je peux entendre mon propre sourire se cacher derrière ces mots.

 

Les mots ne peuvent qu’être cajolés, tissés ensemble ou recueillis comme de l’eau de pluie, et non martelés dans une forge. 

Il y a un miroir dans l’abside de l’église. 

«L’adoration de la fausse idole.» J’indique la petite forme jaune. 

Tout autour de moi, les personnages dans le vitrail parlent, mais je ne les comprends pas. Je n’ai pas été élevée avec leur langage, leur code silencieux. 

«L’arche de Noé.» Mon amie est également perdue.

Les personnages se moquent de nous, deux non-croyantes dans leur maison de Dieu. Je ne peux pas formuler une seule phrase pour exprimer pourquoi je suis en train de pleurer par tous ces kilomètres de verre qui n’ont jamais été faits pour moi. 

«Regarde, c’est Adam et Ève, regarde là, le serpent.»

Nous partons. La pluie n’avait pas cessé pendant notre visite. Nous buvons du chocolat chaud et regardons les jeux olympiques. Dans mon esprit, j’imagine que le café se cristallise, se fragmente en éclats de verre coloré. Peut-être suis-je la seule à avoir des scènes comme ça dans mes fenêtres, simples et profanes. 

 

Quand je commence à écrire, je ne sais jamais exactement comment je vais finir. 

La ligne 1 n’était pas bondée, seules quelques personnes, comme moi, étaient assises sur les sièges rayés du métro, les mains croisées sur leurs sacs, mais l’esprit vagabondant librement ailleurs. Je suis sortie à Cité, clignant des yeux vers le ciel gris-violet en montant les escaliers. Là, j’ai flâné en tournant en rond, observant la façade monumentale de Notre-Dame. Je me suis arrêtée, en bas, près de la Seine, et j’observais les ondulations de l’eau. De l’autre côté de l’île, la lune brillait, ronde et éclatante dans le ciel lavande. 

Je ne savais pas pourquoi je suis partie, quelle force m’a poussée à quitter mon cocon confortable pour le labyrinthe froid qui l’entourait. Je ne savais pas non plus ce qui attirait mon attention au centre, lorsque je levais souvent les yeux vers l’extérieur, comme si je cherchais quelque chose de plus.

 

Et à chaque fois, j’aborde le sujet sous un angle un peu différent, comme à travers l’objectif d’un appareil photo qui vient d’être nettoyé.

Mon dernier été en tant qu’adolescente ressemblait à une adolescente : acide et électrique, avec des blagues acérées et un rire négligent. Malgré les piles électriques qui couraient sous ma peau, le vent venant de l’océan Atlantique traversait mon pull et s’installait derrière mon sternum. Le ciel était gris. Le climat était tempéré. La terre, verte. Le vent embrassait mes cheveux avec gentillesse. L’air était pur, aucune trace de la fumée californienne. Mais je sentais que je la portais avec moi, partout où j’allais. 

À la fin de l’été, tout s’était mélangé dans un désordre entrelacé. Et c’était chaud, chaud et désordonné comme de l’or fondu.

Lorsque l’automne arriva, la chaleur me manquait. Tout avait gelé. Le vert citron de l’été avait pourri. Le froid derrière mon sternum s’était propagé. C’est ce qui arrive à l’acide : il corrode. C’est ce qui arrive aux étés de feu : ils se consument, ne laissant que de la fumée.

 

Écriture créative – Textes de Emily HAMMOND

Traverser la vie, aussi étrange soit-elle

 

Depuis mon déménagement, j’ai beaucoup appris sur moi-même et sur ce que je croyais normal, mais qui ne l’est pas. J’ai notamment réalisé que tout le monde ne me trouve pas hilarante (cela a été un choc pour moi). J’ai appris beaucoup de choses ici à Paris, comme par exemple qu’il ne faut jamais demander à un Français s’il pense que je suis bête, car la réponse est toujours oui. Nombre d’écrivains ont écrit sur le sentiment d’être étranger dans un nouveau lieu, et je m’en suis inspirée en arpentant Paris, portant un regard surréaliste sur ma nouvelle vie. J’ai toujours été une étrangère, sans jamais vraiment trouver ma place, mais toujours tolérée. Désormais, j’avais l’opportunité d’écrire sur le fait d’être une étrangère socialement acceptable, celle que l’on comprend. J’étais dans un monde nouveau, comme tant d’autres avant moi, et voici un recueil de mes écrits qui reflètent ce que j’ai ressenti. (Petite précision : quelques Français ont lu ceci et m’ont dit qu’ils me trouvaient drôle et pas bête.)

 

Une promenade à travers ma vie

Ils disent que la vie n’est pas faite des grands événements que l’on vit, mais des moments entre les deux. Quand je vis à Paris, je trouve que la vie se trouve dans les moments où je marche vers le métro ou quand j’en sors. Je vis près de trois stations.

Corvisart est près de la maison de mon hôte. Le matin, il y a un marché en plein air avec des auvents rouges et des hommes bronzés qui vendent de grands chariots de fruits. Il y a deux passages piétons et on entend souvent des sirènes. Il y a beaucoup de voitures et des toilettes publiques très grandes qui ressemblent à un vaisseau spatial. Il y a aussi un grand conteneur de compost, alors les pigeons courent (ou volent) partout. Je dois monter une colline très raide ou, si j’ai de la chance, la descendre. Un jour, un homme m’a tapé sur l’épaule et m’a accompagnée jusqu’en haut de la colline, jusqu’à chez moi, avant d’avouer qu’il me prenait pour quelqu’un d’autre et qu’il était trop gêné pour le dire. Je lui ai dit que c’était plus gênant de continuer à me parler alors que je ne savais clairement pas qui il était. Il m’a demandé mon numéro. J’ai toujours peur de le revoir dans cette rue, mais cela n’arrive jamais.

Raspail est la station que je prends pour aller à Reid Hall. Il y a deux sorties : une qui me fait sortir du bon côté de la rue, et l’autre qui m’oblige à traverser deux rues. Pendant le premier mois à Paris, je ne me souvenais jamais de prendre la bonne sortie. Même maintenant, j’ai toujours peur d’oublier et d’être obligée d’attendre au feu rouge, comme un papillon attiré par la lumière. J’aime passer devant l’école hôtelière et voir les personnes à l’intérieur avec leurs grandes toques de chef. Il y a un corbeau qui vit devant la station de métro. Nous ne sommes pas encore amis, mais bientôt, peut-être.

Picpus est presque à la fin de la ligne et me dépose près de la Sorbonne Nouvelle. Cela doit être un quartier plein d’écoles parce que, quand je sors de la station à 16h le lundi, je vois des enfants partout, dans des poussettes ou sur des trottinettes. Des mères fatiguées ou des nounous les suivent sans beaucoup d’énergie, et je me fais toujours bousculer par au moins un petit monstre. Ce n’est qu’à un pâté de maisons de l’entrée de l’université, mais cela semble très long. Il y a une barrière au milieu du trottoir qui rend le passage difficile quand il y a du monde, et il y a toujours du monde. Enfin, je sors de cette rue et je vois tous les jeunes adultes qui fument devant le bâtiment. Je montre ma carte au gardien, j’ouvre mon sac, et je peux entrer. Souvent, je voudrais être encore dans le métro, écouter de la musique et ignorer le monde.

 

Clignement

Si je fais une blague, les Français pensent que je n’ai pas compris. Si je suis sarcastique, ils pensent que je suis sérieuse. Si je ne ris pas, ils ne pensent pas que je ne les trouve pas drôles, mais que je suis stupide. Je suis entourée de personnes qui ne sourient pas et d’inconnus qui ne parlent pas de la météo. Tout ce que je veux, c’est entendre le petit son du rire, et tout ce que j’obtiens, ce sont des regards étranges et des clignements des yeux. 

Je ris tout le temps : quand quelque chose est drôle, quand je ne comprends pas ce qui se passe, ou quand je ne sais pas quoi faire d’autre. Je ris quand les Français utilisent des mots anglais comme du slang, et quand les propriétaires de chiens grondent leur chien qui essaie de lécher une baguette qui sort d’un sac. Ils me regardent comme si j’étais folle. Clignement. 

Quand mon hôte m’a dit qu’on pouvait allumer toutes les lumières (ce qu’on ne fait pas d’habitude pour économiser l’énergie), j’ai dit que ça ressemblait à la Galerie des Glaces à Versailles. Clignement. Elle m’a dit que nous ne sommes pas à Versailles. Nous sommes dans l’appartement. Ah bon ? Je ne savais pas. Aussi, dans la douche de mon appartement, il y a un objet avec des pinces pour faire sécher des choses. J’ai mis toutes mes chaussettes là et j’ai dit : « Regardez, un lustre de chaussettes ! » Clignement. « Emily, un lustre, c’est avec des lumières. Là, ce sont des chaussettes. » Est-ce que ces gens pensent que c’est ma première fois sur Terre ? 

J’ai fait une blague sur le fait que le mot « barbe » est féminin en français. Clignement. Ils m’ont regardée et ont secoué leur tête (sans barbe). J’ai dit que c’était drôle que deux femmes s’appellent Marie-Claude. Clignement. Ils m’ont expliqué ce que sont les prénoms. Très utile, parce que clairement, je ne sais pas ce que sont les prénoms. Clignement.

Quand l’ascenseur s’ouvre et que je remarque qu’il est très grand, je me tourne vers la personne à côté de moi et je dis : « Est-ce qu’on va tous rentrer ? » Clignement. « Oui », elle dit, « c’est un grand ascenseur. » Évidemment. 

Quand je vois un chien très mignon, je fais comme tout le monde et je dis « je peux ? » en tendant la main vers l’animal. Mais ce que les propriétaires n’attendent pas, c’est que je dis ensuite : « C’est drôle, parce que j’ai dit “je peux ?” et vous avez dit “oui,” et si je demandais de voler le chien ? » Clignement. « Et vous avez dit “oui” ! » Clignement. « Je ne le ferais pas, mais ce serait drôle. » Clignement. « Parce que vous avez dit oui. » Clignement. « Je vais partir maintenant. Sans votre chien. » 

J’ai dit à quelqu’un que je faisais une peinture “Dégas” (comme “dégâts”) au lieu d’une peinture inspirée par Degas. Ils m’ont dit qu’ils n’aiment pas l’art moderne. J’ai dit que je pensais qu’ils comprendraient ce que je voulais dire. Ils n’ont pas compris. Clignement. 

Même si personne ne veut rire, la vérité, c’est que certaines choses sont toujours drôles, peu importe ce que les autres disent. Entendre des Français dire « super cool » et voir un chien essayer de voler une baguette sera toujours drôle. Un mot mal prononcé sera toujours un peu ridicule. Si tu trouves quelque chose de drôle, c’est ça qui compte. 

 

Miroirs

Quand tu arrives à Paris, tout le monde te demande si tu as visité la Galerie des Glaces à Versailles. Quand tu commences à lire La Passe-miroir de Christelle Dabos, tu te demandes ce que tu ferais si tu pouvais passer à travers les miroirs.

Tout le monde dit que partir étudier à l’étranger, c’est comme regarder dans un nouveau miroir. Tu commences à te voir de loin, comme quelqu’un d’un autre endroit te verrait. Tu vois ton ancien monde différemment, un peu flou à cause de tes nouvelles expériences. Tu es obligé(e) de te regarder et de faire des choix. Est-ce que tu vas accepter ce nouveau monde ou est-ce que tu vas avoir peur ?

Ophélie a fait les deux quand elle est partie pour épouser Thorn. En lisant les livres, je marchais dans Paris, parfois j’évitais des conversations difficiles et parfois je plongeais directement dedans. Elle était dans un monde nouveau et étrange, et moi aussi. Elle pouvait donner vie aux objets, moi je voyais comment la vie des objets changeait selon les endroits. Ma façon d’utiliser la spatule a surpris mon hôte, qui m’a dit que je m’y prenais mal. Pourtant, ma méthode fonctionnait. Et c’était le même type de spatule.

Mon hôte est assez petite, donc tous les miroirs de l’appartement sont trop bas pour moi. Je me baisse, et mes cheveux tombent sur mon visage. Les cheveux d’Ophélie étaient comme un rideau derrière lequel elle pouvait se cacher. Les miens ne sont pas comme ça, mais les écouteurs que j’utilisais pour écouter le livre audio étaient un peu comme un bouclier. C’était moi et mon livre français traduit en anglais contre le monde.

Quelqu’un m’a demandé si je remarquais moins de choses en marchant parce que j’imaginais l’histoire. Par esprit de contradiction, j’ai remarqué encore plus. J’ai regardé chaque publicité et chaque chien perdu. Et puis, j’ai vu quelque chose dans le métro. Une grande affiche avec une fille et un miroir. Waouh, j’ai pensé. Ça ressemble exactement à ce que j’imaginais quand Ophélie passe à travers les miroirs. Ensuite, j’ai lu le titre. C’était la version en bande dessinée du livre que j’écoutais.

Mon cours de français préféré à Wesleyan était un cours de bande dessinée que j’ai pris le semestre avant de partir à Paris. Alors, avec la confiance de quelqu’un qui a enfin le temps de lire, je suis entrée dans la librairie à côté de Reid Hall et j’ai demandé s’ils avaient le livre. Oui, a dit la femme en me donnant les quatre tomes ensemble, emballés dans du plastique. Vous savez qu’ils ont aussi sorti une version en bande dessinée ?

J’ai souri et j’ai hoché la tête, en essayant de décider si j’allais être courageuse ou non. Puis j’ai cherché au fond de moi et j’ai imaginé une écharpe magique autour de mon cou, comme Ophélie, et j’ai dit : j’ai déjà lu ces livres et je cherche la bande dessinée. La femme m’a regardée. J’ai paniqué. J’ai rapproché mon écharpe invisible. La femme a souri et a dit : « bien sûr ! Je suis tellement contente de présenter ces livres que j’oublie que les vrais fans ont déjà vu les affiches partout dans le métro. »

Mon écharpe invisible s’est détendue. Un peu fatiguée comme Ophélie, j’ai tenu le grand livre avec deux mains et je suis retournée à Reid Hall, mes cheveux devant les yeux. En regardant la vitre d’un magasin comme un miroir, j’ai souhaité pouvoir me téléporter, ou au moins avoir une façon de lisser mes cheveux.