Un lieu pour soi

Partir étudier à Paris, c’était comme entrer dans la peau d’une autre version de moi-même,
une version plus lente, où le temps s’écoulait au rythme des conversations de café plutôt qu’à
l’heure des échéances. De tous les endroits que j’ai découverts pendant mon semestre, aucun n’a mieux retranscrit cette sensation que le restaurant Polidor. Caché dans une ruelle du Quartier
latin, à deux pas de Reid Hall en traversant le jardin du Luxembourg, le restaurant semblait hors
du temps, avec ses tables usées, sa lumière jaune chaleureuse et ses étagères garnies de vieux
flacons et de livres. La première fois que j’y suis entrée, épuisée par les cours et intimidée par
mon français encore approximatif, je m’attendais à un simple repas. Au lieu de cela, j’ai trouvé un
lieu réconfortant et profondément vivant, comme si des générations d’étudiants, d’écrivains et de
rêveurs y avaient laissé une trace.
J’ai commencé à y retourner souvent, parfois seule avec un carnet, parfois avec des amis
après de longues journées à flâner dans la ville. La cuisine était simple et traditionnelle – une
riche soupe à l’oignon, du pain beurré, un copieux bœuf bourguignon – mais c’était l’atmosphère
qui m’attirait irrésistiblement. Assise là, à écouter le cliquetis des plats et les conversations
feutrées, je me sentais connectée à l’histoire artistique de Paris d’une manière que les musées ne
parviennent jamais vraiment à recréer. Ce sentiment a pris une dimension encore plus profonde
lorsque j’ai appris que Polidor apparaissait dans Minuit à Paris, un de mes films préférés avant
mon séjour d’études à l’étranger. Savoir que le restaurant avait fait partie d’une histoire de
nostalgie, de créativité et d’idéalisation de Paris a donné à mes propres souvenirs là-bas une
dimension cinématographique. Aujourd’hui encore, quand je repense à mon semestre à l’étranger,
ce ne sont pas les monuments ou les attractions touristiques qui me viennent immédiatement à
l’esprit – je me souviens de Polidor et de ce sentiment, pendant un court instant, d’avoir vraiment
trouvé ma place à Paris.

Par Liam COTTER DEFEHR, VWPP Printemps 2026