Rennes par Olivia Dontsov

(Prises en 2017) – Photos de Rennes au crépuscule : les maisons à colombages au centre-ville; la roue vers le marché de Noël; au bord de la Vilaine.

(prise en 2017) Le “chat d’accueil”, Enzo

Prises en 2013 et en 2017) Les marches où j’ai fait semblant d’être Cosette et une photo d’elles actuellement.

            La dernière fois que j’ai vu ma mère d’accueil, j’avais des larmes dans les yeux. C’était dans la salle commune de SYA, un programme pour des lycéens qui habitent en famille d’accueil et apprennent à parler français couramment. J’avais mes valises à côté de moi, ma mère d’accueil (elle s’appelle Gisèle) portait toujours sa veste comme elle allait retourner à sa voiture après avoir dit au revoir. Je lui ai dit que je ne savais pas comment dire adieu, et elle m’a répondu :

            « C’est pas grave. On se verra dans l’avenir. »

            Et trois ans plus tard, je me retrouve à Rennes, la ville où je suis tombée amoureuse de la France. Est-ce possible de décrire ce moment de ma vie ? Je me souviens de lui en morceaux : après être partie de Rennes, j’avais des flashbacks tous les jours des mimosas près de ma maison, des rues pavées mouillées de pluie qui tombait sans cesse, de l’odeur du poisson frit que ma mère d’accueil me faisait, de l’église dans le Parc du Thabor et la cage des oiseaux au centre. Je savais que je ne pourrais jamais retourner à ces moments, même si je fais un retour à Rennes. Les moments se sont transformés aux souvenirs d’une mémoire à la fois douloureuse et magique.

Je suis donc arrivée vendredi avec pas mal d’appréhension. Je ne savais pas à quoi attendre — serais-je retournée à un état de manque extrême, à l’écart de mémoire et de réalité ? Mais quand j’ai revu Gisèle, on a pu parler pendant des heures de nos vies maintenant et du passé. J’ai décidé de me balader en ville avant de retourner manger à la maison, donc j’ai visité tous mes endroits préférés du centre-ville. Malgré les travaux, la ville me semblait presque comme avant, mais ma mémoire était différente. Depuis mon départ, j’avais l’impression de me souvenir de tout, mais j’ai oublié où se retrouvent ma librairie préférée, la boulangerie qui vend des pains à plusieurs parfums, ou une de mes églises préférées. Rennes n’est pas une grande ville. Elle est connue plutôt parce que c’est une ville d’étudiants ; un quart de la population de Rennes est fait par des étudiants. Mais plus que je me suis promenée, plus que j’ai eu l’impression que la ville était en train de s’agrandir autour de moi. Je ne pouvais pas visiter les écluses de Saint-Grégoire ou voir les professeurs que j’ai eus pendant lycée ou voir un musée d’art contemporain et manger du brunch comme je voulais quand j’habitais dans la ville.

            Mais en même temps, je n’avais pas l’impression d’être perdue dans le temps. Je pouvais ajouter mon expérience actuelle aux souvenirs du passé. Par exemple, il y a une arche à l’extérieur de l’ancienne frontière de Rennes. Les gens le visitent grâce à son intérêt historique, mais un de mes premiers jours à Rennes, l’école nous a donné une course au trésor. On aurait dû trouver un indice à cet endroit, mais au lieu de le trouver, on a tombé sur un géocache, un type de jeu mondial où on cherche des boîtes qui contiennent des trésors. Cette-fois-ci, j’y suis retournée pour le retrouver, mais il n’existait plus. En faisant le tour pour vérifier que ce n’était pas dans un autre tuyau d’écoulement, une femme m’a approchée en me demandant si un chat y était coincé. Et tout d’un coup, je n’étais pas triste par le fait que les choses étaient différentes. Cette femme fait partie maintenant de ma mémoire de ce lieu, comme le géocache en fait partie. J’ai pu visiter des endroits en acceptant que je les verrai littéralement d’une lumière différente.

            Les autres jours se sont passés d’une manière similaire : j’ai ajouté mes nouvelles impressions à celles d’avant. Je ne suis pas toujours d’accord avec ma mère d’accueil sur ses opinions concernant les origines, un de mes bars préférés n’existent plus, j’ai le droit d’oublier le nom de mon arrêt de bus, Récipon. J’ai visité Rue de la soif, où j’ai eu mon premier cocktail, et Saint-Malo, où une copine m’a divulgué ses secrets dans mon église préférée du monde. Le chat de ma mère d’accueil, Enzo, s’est endormi à côté de moi. En vivant à Paris, j’ai l’impression que je dois visiter des nouveaux endroits et avoir de nouvelles expériences, mais mon séjour à Rennes, quoi qu’il soit bref, m’a rappelé du fait qu’on peut très bien retourner à un endroit sans refaire la mémoire.

Par Olivia Dontsov – Vassar’19

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