Dès mon premier jour à Paris, je savais que je voulais être un habitué quelque part; un restaurant, un café, une bibliothèque, un lieu où le propriétaire pourrait me connaître. Le jour où je suis venu, mon hôte et moi avons fait un grand tour autour du quartier. Elle m’a montré des lieux intéressants et les meilleurs marchés, tous pertinents dans ma vie à Paris. À la fin de notre trajet, nous avons descendu la rue vers l’appartement et nous avons passé un tout petit endroit qui vendait des paninis et des crêpes. Ce n’est pas exactement un stand parce que c’est une partie du bâtiment, mais aussi il n’y a qu’un espace pour une ou deux personnes. Il y a une cuisinère spéciale pour faire des crêpes, un frigo pour les boissons, et une sorte de placard pour les ingrédients, et c’est tout. Cependant, ce petit espace a beaucoup de charme. Toujours il y a des lumières qui clignotent ; toutes les couleurs d’un arc-en-ciel d’une bande LED et une sorte de lumière d’une sirène. L’extérieur est couvert avec des autocollants de mêmes bretons.
La partie la plus importante de ce stand/restaurant est l’homme à l’intérieur, le chef. C’est un homme petit, avec un visage intense et une tête chauve. Il s’appelle Jacquie, mais il ne m’a jamais dit, je l’ai entendu pendant une conversation entre lui et un autre homme.
Je passe ce stand presque chaque jour en retournant à l’appartement. Au début, il n’y en avait pas beaucoup qui m’intéressaient. Il y a plusieurs options pour les bonnes crêpes près de Reid Hall, donc je n’ai pas eu une raison d’y arrêter. Mais, chaque fois que j’ai passé le stand, Jacquie parlait avec une nouvelle personne. Il riait toujours et racontait des histoires. Il est un homme du quartier, qui connaît tout le monde. Donc, mon envie d’être un habitué a trouvé un objectif.
J’ai commencé avec une de ses crêpes juste une fois par semaine. J’ai essayé d’être subtil, mais aussi de trouver les petits moments d’interaction. Progressivement, je suis devenu plus confiant et j’ai initié des petites conversations. Mais la percée s’est passée très tard, une nuit après un grand voyage.
Je venais de rentrer de Normandie. On est arrivés de l’autre côté de Paris et le métro le plus pratique ne marchait pas ce soir-là. Il était presque 23h et je n’avais pas mangé le dîner. Je suis retourné avec l’intention d’acheter quelque chose au Franprix en face de mon appartement, mais c’était fermé. Donc, fatigué et un peu malheureux, j’ai flâné dans ma rue, en cherchant quelque chose à manger. Jacquie était mon sauveur, avec un panini avec chèvre et miel et une crêpe nutella. En faisant mon repas, Jacquie m’a dit “votre accent vient d’où?” États-Unis, j’ai répondu. “Where?” il m’a demandé en anglais. Il ne connaissait pas Massachusetts. Quand je suis parti, il m’a donné un grand thumbs up en disant “À bientôt!”
Ça, c’était le moment où j’ai réalisé que je me suis fait mon premier ami parisien.
(Chez l’Amiral Hervé, 47 Rue de Tolbiac, 750013)
Par Dash Merrill, VWPP Automne 2024
You must be logged in to post a comment.